Il y a 61 ans jour pour jour : le jour où une femme mariée a enfin pu ouvrir un compte en banque sans l’accord de son mari
Aujourd’hui, je m’installe avec toi pour te raconter une date que je trouve trop peu connue : le 13 juillet 1965. Il y a très exactement 61 ans, une loi a changé le quotidien de millions de femmes en France, presque sans bruit. Je te propose qu’on revienne ensemble sur ce moment, parce que je pense qu’il mérite qu’on s’y arrête.
Avant 1965, un mari pouvait tout bloquer
Je commence par planter le décor, parce que j’ai besoin que tu mesures à quel point c’était différent. Avant cette loi, une femme mariée qui souhaitait ouvrir un compte en banque ou signer un contrat de travail devait présenter ce qu’on appelait une « autorisation maritale ». Concrètement, son mari pouvait refuser qu’elle ait son propre compte, ou qu’elle travaille tout court. Et ce n’était pas un détail marginal : à cette époque, un tiers des femmes mariées exerçaient déjà une activité professionnelle, mais elles restaient juridiquement sous la dépendance financière de leur époux.
Je précise, parce que ça m’a surprise en creusant le sujet : les femmes célibataires ou veuves, elles, avaient déjà la même autonomie bancaire que les hommes. C’est uniquement le mariage qui plaçait une femme sous cette tutelle financière.
Ce que la loi du 13 juillet 1965 a changé
Je te le dis simplement : cette loi a réformé les régimes matrimoniaux et a autorisé la femme mariée à ouvrir un compte bancaire en son propre nom, et à travailler, sans avoir besoin du consentement de son mari. Elle devenait alors une cliente à part entière, au même titre qu’une femme célibataire ou veuve.
Dans les faits, la mesure est entrée en application un peu plus tard. Une circulaire bancaire datée de janvier 1966 précise qu’à compter du 1er février 1966, les établissements qui recevaient une demande d’ouverture de compte d’une femme mariée n’avaient plus à vérifier son régime matrimonial, ni à obtenir l’autorisation de son mari. Je trouve ce détail parlant : il aura fallu quelques mois supplémentaires pour que le texte de loi se traduise vraiment dans les guichets, au contact des femmes elles-mêmes.
Une émancipation, mais aussi un nouveau marché
Je veux être honnête avec toi sur un point que j’ai découvert en préparant cet article : les banques n’ont pas seulement accompagné cette loi par conviction. Elles y ont vu, assez vite, une opportunité commerciale considérable. Dès 1955, soit dix ans avant la loi, une banque avait déjà lancé des campagnes ciblant la « femme moderne », pour l’accompagner dans la gestion de son budget familial. Après 1965, cette logique s’est amplifiée : affiches, brochures, magazines féminins, tout un arsenal publicitaire s’est déployé pour convaincre les femmes d’ouvrir un compte, de glisser un chéquier dans leur sac, ou même de souscrire un emprunt.
Je ne te dis pas ça pour minimiser la portée de cette loi, qui reste une avancée réelle et concrète. Je te le dis parce que je trouve intéressant de voir comment une conquête de droits et une stratégie commerciale ont pu avancer main dans la main, à cette époque où les femmes représentaient un vivier de nouvelles clientes encore largement inexploité. Pour donner un ordre de grandeur : en 1967, seuls 15 à 18 % des foyers français détenaient un compte bancaire. Autant dire que tout un pan de la population, hommes et femmes confondus, restait encore en dehors du système bancaire classique.
Pourquoi je voulais t’en parler aujourd’hui?
Je referme cet article avec une pensée simple. Soixante et un ans, ce n’est pas si loin. Ça veut dire que certaines de nos grands-mères, ou de nos arrière-grands-mères, ont vécu une partie de leur vie de femme mariée sans pouvoir ouvrir un compte en banque sans l’accord de leur mari. Je trouve que ça donne une autre couleur à des gestes qu’on fait aujourd’hui sans y penser : consulter son solde, faire un virement, gérer seule ses économies.
Je te remercie de m’avoir lue jusqu’ici. Si ce sujet t’a parlé, je t’invite à le partager, ou simplement à en parler autour de toi. Ce sont ces petites archives, ces circulaires oubliées dans des tiroirs, qui nous rappellent d’où l’on vient.
Sources : Archives historiques de BNP Paribas ; Archives historiques de la Banque de France.
