Pourquoi l’eau et l’assainissement sont, avant tout, une question de droits des femmes?
Je voulais aujourd’hui m’arrêter sur un sujet que je trouve trop rarement traité sous cet angle : l’eau. Boire, se laver, cuisiner, gérer ses règles dans la dignité, aller aux toilettes en sécurité. Ce sont des gestes tellement quotidiens qu’on oublie parfois qu’ils ne sont pas garantis de la même façon pour tout le monde, et surtout pas de la même façon pour les femmes et pour les hommes.
Un droit humain, reconnu tardivement
Je pars d’un rappel juridique, parce qu’il pose bien le cadre. Le droit à l’eau s’inscrit dans le droit à un niveau de vie suffisant, garanti dès 1966 par le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. Mais il aura fallu attendre 2010 pour que l’Assemblée générale des Nations Unies reconnaisse formellement le droit à une eau potable sûre, et 2016 pour qu’elle fasse de même avec l’assainissement, comme droit distinct.
Ce qui m’intéresse surtout, c’est ce que les mouvements féministes ont mis en lumière au fil de ce combat : l’eau et l’assainissement ne sont pas des enjeux neutres. Ce sont, très concrètement, des questions de droits des femmes.
La corvée d’eau reste une affaire de femmes
Un chiffre m’a marquée en préparant cet article. Dans sept foyers sur dix qui n’ont pas l’eau courante, ce sont les femmes et les filles qui vont la chercher. Et sur cinquante-trois pays étudiés, le temps qu’elles y consacrent est trois fois supérieur à celui des hommes et des garçons.
Ce temps-là, je le rappelle, n’est pas neutre non plus : chaque heure passée à porter des bidons d’eau est une heure en moins pour aller à l’école, pour travailler, ou tout simplement pour se reposer. Et le trajet lui-même peut être dangereux, exposant les femmes et les filles à des risques de harcèlement ou d’agression sur le chemin des points d’eau.
Quand l’assainissement fait défaut, la sécurité aussi
Je pense que c’est l’un des aspects les moins visibles du sujet : l’absence de toilettes sûres, qui ferment à clé, avec de quoi se laver les mains, n’est pas qu’une question de confort. C’est une question de sécurité et de dignité. Sans installations adaptées, les femmes et les filles s’exposent davantage au harcèlement ou aux violences, et participent moins à la vie publique.
La précarité menstruelle s’ajoute à ce constat. Dans les zones où les règles restent stigmatisées, et où les protections périodiques sont difficiles d’accès, notamment en milieu rural, des millions de femmes et de filles vivent cette réalité chaque mois. Un chiffre m’a semblé particulièrement révélateur : dans le monde, 156 millions de filles âgées de 10 à 19 ans n’ont toujours pas accès à des services d’hygiène de base, ce qui pèse sur leur santé, leur dignité et leur scolarité.
L’eau, la faim et les violences sont liées
Je fais aussi le lien avec l’alimentation, parce que les deux sujets se rejoignent souvent. Quand l’eau et la nourriture se raréfient, les inégalités entre les sexes ont tendance à s’aggraver : les femmes doivent travailler davantage pour subvenir aux besoins de leur foyer, et mangent parfois en dernier, et en moins grande quantité.
Les crises climatiques amplifient encore ce phénomène. Lors de la sécheresse de 2022-2023 dans la Corne de l’Afrique, les violences conjugales et les viols auraient augmenté de 20 % en Somalie, tandis que les mariages précoces ont presque quadruplé en Éthiopie sur la même période. Ces chiffres donnent, je trouve, une mesure concrète de ce que recouvre l’expression un peu abstraite de « crise de l’eau ».
Des solutions existent, mais les femmes en sont souvent exclues
Un dernier point me semble essentiel à souligner. Alors que les femmes assument, de fait, une grande partie de la gestion quotidienne de l’eau, elles restent largement absentes des instances où se décident les politiques de gestion de l’eau et de l’assainissement. Leur expérience, pourtant précieuse pour construire des solutions adaptées, est rarement intégrée aux processus de décision.
C’est pour cette raison que des organisations comme ONU Femmes appellent à des politiques fondées sur des données ventilées par sexe, qui reconnaissent le travail non rémunéré des femmes dans ce domaine, et qui leur donnent une vraie place dans les décisions qui les concernent au premier chef.
Je referme cet article avec une conviction simple : parler d’eau et d’assainissement, c’est déjà parler des droits des femmes, même quand le sujet n’en a pas l’air au premier abord.
Source : ONU Femmes, « Pourquoi l’eau et l’assainissement relèvent des droits des femmes », 2 juillet 2026.
