Féminisme : égalité, hommes et nouveaux repères

Féminisme : je suis pour l’égalité, mais je refuse de faire comme si les hommes n’existaient pas

Je vais probablement m’attirer quelques critiques avec cette tribune.

Je suis une femme. Je crois profondément à l’égalité entre les femmes et les hommes. Je pense qu’une femme doit pouvoir travailler, entreprendre, diriger, gagner son propre argent, choisir d’avoir des enfants ou non, quitter une relation qui ne lui convient plus et vivre comme elle l’entend.

Mais je dois aussi reconnaître quelque chose : je ne me reconnais pas dans toutes les formes que prend le féminisme aujourd’hui.

Et surtout, je crois que nous commençons à éviter une conversation pourtant devenue indispensable.

Nous avons beaucoup parlé de ce que les femmes doivent gagner.

Nous avons beaucoup moins parlé de ce que les hommes sont en train de perdre, de ce qu’on leur demande désormais d’être et de la manière dont ils peuvent trouver leur place dans une société où les anciens modèles masculins fonctionnent de moins en moins.

Ce n’est pas une raison pour revenir en arrière.

C’est une raison pour avancer intelligemment.

Oui, les femmes ont encore de vraies raisons de se battre

Je ne vais pas tomber dans le piège qui consiste à prétendre que tout est réglé.

Les chiffres racontent autre chose.

À l’échelle mondiale, le World Economic Forum estimait en 2025 que 68,8 % de l’écart entre les femmes et les hommes était comblé. C’est une progression réelle, mais le même rapport estime qu’au rythme actuel, il faudrait encore 123 ans pour atteindre la parité mondiale. Aucun pays n’a encore totalement fermé l’écart.

Cent vingt-trois ans.

Quand je lis ce chiffre, je ne me dis pas que les féministes exagèrent.

Je me dis au contraire : nous avons encore du travail.

En France, la situation est évidemment meilleure que dans beaucoup d’autres régions du monde, mais elle n’est pas parfaite.

Dans le secteur privé, en 2024, le revenu salarial moyen des femmes était inférieur de 21,8 % à celui des hommes. Une partie de cet écart s’explique par le volume de travail : les femmes travaillent en moyenne moins sur l’année et sont davantage concernées par le temps partiel.

Mais même à temps de travail identique, l’écart salarial moyen atteignait encore 14 % selon l’Insee. Pour un même emploi exercé dans le même établissement, l’écart se réduit toutefois à 3,6 %.

Je ne peux donc pas sérieusement dire : « Le féminisme n’a plus aucune raison d’exister. »

Ce serait faux.

Mais je peux dire autre chose :

le féminisme ne peut pas continuer à regarder uniquement la moitié du problème.

Parce que pendant que les femmes avancent, certains hommes cherchent encore leur place

C’est un sujet beaucoup moins confortable.

Et pourtant, il faut en parler.

Je rencontre de plus en plus de jeunes hommes qui ne savent plus exactement ce que l’on attend d’eux.

On leur explique qu’ils ne doivent plus être machos.

Très bien.

On leur explique qu’ils doivent être sensibles.

Très bien aussi.

Qu’ils doivent parler de leurs émotions, participer davantage à la vie familiale, accepter qu’une femme puisse gagner davantage qu’eux, ne pas avoir peur d’une femme ambitieuse, être présents pour leurs enfants et abandonner les vieux réflexes de domination.

Encore une fois : très bien.

Mais alors, une question mérite d’être posée :

qu’est-ce qu’on leur propose à la place ?

Pendant longtemps, la société avait donné aux hommes un scénario relativement simple.

Étudier.

Trouver un emploi.

Gagner de l’argent.

Construire un foyer.

Protéger sa famille.

Être celui qui apporte une partie importante de la sécurité économique.

Ce modèle avait évidemment ses défauts.

Il enfermait également les hommes dans des rôles parfois très lourds. On demandait à un homme de ne jamais pleurer, de ne pas montrer sa peur, de réussir professionnellement, d’être fort et de prendre en charge sa famille.

Je ne regrette absolument pas la disparition de ces obligations.

Mais je pense que nous avons parfois oublié une étape essentielle : quand on déconstruit un modèle, il faut proposer autre chose.

Les femmes sont aujourd’hui plus diplômées que les hommes de leur génération

Ce changement est particulièrement intéressant.

En France, les jeunes femmes sont désormais globalement plus diplômées que les jeunes hommes.

En 2024, 56 % des femmes âgées de 25 à 34 ans étaient diplômées du supérieur, contre 50 % des hommes du même âge. Chez les générations plus âgées, l’écart est moins important.

Je ne vois évidemment aucun problème à ce que les femmes réussissent leurs études.

Au contraire.

Je voudrais même que cette progression continue.

Mais je pense qu’il faut également se demander pourquoi certains garçons décrochent davantage.

Parce que si nous voulons réellement parler d’égalité, nous ne pouvons pas avoir un discours qui consiste uniquement à faire monter les filles.

Il faut aussi aider les garçons à monter.

L’égalité ne devrait jamais être une compétition pour savoir qui va le plus mal.

Le chômage masculin n’est pas une invention

Autre sujet délicat.

En 2024, le taux de chômage en France était de 7,6 % chez les hommes actifs, contre 7,3 % chez les femmes. Chez les 15-24 ans, il atteignait 18,8 %.

Je précise immédiatement : cela ne signifie pas que les hommes sont devenus les principales victimes du marché du travail.

Les femmes rencontrent encore des difficultés spécifiques, notamment en matière de rémunération, de temps partiel, d’accès à certains postes et de carrières interrompues.

Mais le fait que le chômage masculin soit aujourd’hui légèrement supérieur au chômage féminin mérite au moins d’être observé.

Historiquement, le chômage des femmes était nettement supérieur à celui des hommes. Depuis la fin des années 2000, les deux taux se sont rapprochés, et en 2024 l’écart s’est même inversé.

Pourquoi cela ne ferait-il pas partie de la conversation sur l’égalité ?

Je ne veux pas d’un féminisme qui sélectionne les statistiques uniquement lorsqu’elles servent son discours.

Je veux regarder les chiffres dans leur ensemble.

Et puis il y a la solitude

C’est peut-être le sujet dont on parle le moins.

On parle beaucoup de réussite professionnelle, de salaire, de représentation politique.

Mais que se passe-t-il dans la vie personnelle ?

La Fondation de France, à partir de données du Crédoc, relevait en 2024 que 35 % des 25-39 ans déclaraient se sentir seuls « tous les jours ou presque » ou « souvent ». Chez les moins de 25 ans, la proportion atteignait 27 %.

Ce chiffre m’interpelle.

Parce qu’une société peut très bien être plus égalitaire professionnellement tout en produisant énormément de solitude.

Et je crois que les hommes sont particulièrement concernés par une difficulté : ils ont parfois moins de réseaux dans lesquels parler ouvertement de leurs problèmes.

Une femme peut appeler une amie et dire :

« Je vais mal. »

Un homme, lui, a parfois appris à répondre :

« Ça va. »

Même lorsque ça ne va pas du tout.

Et cela finit par coûter cher.

Un homme sans emploi ne perd pas seulement un salaire

C’est ici que je veux aller plus loin.

Pour beaucoup d’hommes, le travail n’est pas uniquement une source de revenus.

Il représente aussi une identité.

Un statut.

Une reconnaissance.

Un réseau social.

Le sentiment d’être utile.

Lorsqu’un homme perd son emploi et reste longtemps sans activité, il peut donc perdre beaucoup plus qu’une fiche de paie.

Il peut perdre une partie de sa confiance.

Je ne dis pas que les femmes n’éprouvent pas la même chose.

Bien sûr que si.

Mais certains hommes ont été socialisés avec l’idée que leur valeur personnelle dépend fortement de leur réussite économique.

Alors lorsque leur compagne gagne davantage qu’eux, certains ne savent plus comment se définir.

Et c’est là que je pense que nous devons changer notre vocabulaire.

Un homme qui gagne moins que sa compagne n’est pas un homme inférieur.

Une femme qui gagne davantage ne devrait pas être obligée de devenir le « sponsor » de son couple

Je connais cette réalité.

Des femmes très ambitieuses, très autonomes, qui finissent par se retrouver dans des relations où elles prennent en charge une part énorme des dépenses.

Parfois, cela fonctionne très bien.

Et je n’y vois aucun problème.

Si un couple choisit librement que l’un gagne plus et contribue davantage, où est le problème ?

Le problème commence lorsque la dépendance devient une stratégie.

Un adulte qui refuse durablement de travailler, de chercher une activité, de participer à la vie du foyer ou de prendre ses responsabilités tout en attendant que son partenaire finance son existence pose un problème.

Mais là encore, je refuse de transformer cela en problème exclusivement masculin.

Une femme peut parfaitement profiter financièrement d’un homme. Un homme peut parfaitement profiter financièrement d’une femme.

Le problème n’est pas le sexe.

Le problème est l’exploitation.

Je refuse aussi l’idée que les femmes auraient « rendu les hommes inutiles »

Cette phrase revient de plus en plus souvent.

Je la trouve profondément triste.

Une femme qui gagne son argent ne rend pas un homme inutile.

Une femme qui sait changer une ampoule ne rend pas un homme inutile.

Une femme qui sait vivre seule ne rend pas un homme inutile.

Une femme qui possède son appartement ne rend pas un homme inutile.

Cela signifie simplement qu’elle n’a plus besoin d’un homme pour assurer sa survie.

Et c’est précisément là que la relation peut devenir plus intéressante.

Aimer quelqu’un parce qu’on le choisit est beaucoup plus beau que rester avec lui parce qu’on en a besoin pour payer les factures.

C’est probablement l’une des grandes réussites de l’émancipation féminine.

Mais cette liberté oblige aussi les hommes à réfléchir autrement à leur propre valeur.

Un homme doit-il forcément être celui qui paie ?

Non.

Je le dis très simplement.

Un homme peut être père.

Compagnon.

Ami.

Artiste.

Entrepreneur.

Employé.

Cuisinier.

Infirmier.

Professeur.

Père au foyer.

Il peut gagner 2 000 euros quand sa compagne en gagne 5 000.

Il peut traverser une période de chômage.

Il peut changer de carrière à 40 ans.

Il peut reprendre des études.

Il peut demander de l’aide.

Et rien de tout cela ne devrait diminuer sa dignité.

Mais j’ajouterais quelque chose : la liberté n’exonère personne de ses responsabilités.

Si ma compagne gagne davantage que moi, je peux parfaitement l’accepter.

Mais je dois continuer à construire ma vie.

Je dois participer.

Je dois essayer.

Je dois apporter quelque chose à la relation.

L’égalité ne signifie pas : « quelqu’un d’autre paiera pour moi ».

Et non, le féminisme ne rend pas les hommes gays

Je veux également aborder un sujet qui revient régulièrement dans certaines discussions, même si je pense qu’il faut le traiter avec beaucoup plus de sérieux.

On entend parfois que les transformations des rapports entre les sexes pousseraient certains hommes à devenir homosexuels.

Non.

Il n’existe aucune base sérieuse permettant d’affirmer que le féminisme transforme l’orientation sexuelle des hommes.

Les données françaises montrent plutôt une plus grande diversité dans les déclarations concernant l’orientation sexuelle et les expériences vécues.

Selon l’enquête CSF-2023, 2,3 % des hommes de 18 à 89 ans se définissent comme homosexuels et 2,3 % comme bisexuels. Chez les femmes, les proportions sont respectivement de 1,3 % et 2,8 %. Les expériences avec un partenaire du même sexe sont plus fréquentes chez les jeunes générations.

Ce qui change, à mon sens, c’est surtout la possibilité de parler plus librement de ces sujets.

Et je préfère largement cette liberté à une société dans laquelle un homme devrait cacher ce qu’il ressent pour correspondre à une image de masculinité.

Un homme homosexuel n’est pas un homme qui aurait « perdu » face aux femmes.

C’est simplement un homme dont l’orientation sexuelle est ce qu’elle est.

Et il faut arrêter de mélanger les deux débats.

Mais oui, la masculinité est en pleine transformation

C’est là que la discussion devient réellement intéressante.

Pendant des siècles, on a défini la masculinité autour de quelques idées très fortes :

la force ;

l’autorité ;

l’argent ;

la protection ;

la famille ;

le travail.

Aujourd’hui, ces repères ne suffisent plus.

Un homme peut être sensible.

Il peut prendre soin de ses enfants.

Il peut gagner moins que sa femme.

Il peut ne pas être propriétaire à 30 ans.

Il peut choisir une profession traditionnellement féminine.

Il peut consulter un psychologue.

Il peut pleurer.

Il peut dire qu’il a peur.

Je trouve cette évolution saine.

Mais je comprends aussi pourquoi certains hommes ont l’impression que le sol bouge sous leurs pieds.

On leur demande de devenir autre chose.

Mais on ne leur explique pas toujours précisément quoi.

Nous devons aussi parler des garçons

Je pense que c’est l’une des grandes conversations que nous avons devant nous.

Nous avons fait énormément de progrès pour dire aux petites filles :

« Tu peux devenir ce que tu veux. »

Il faut maintenant dire exactement la même chose aux petits garçons.

Tu peux être ingénieur.

Tu peux être infirmier.

Tu peux être père au foyer.

Tu peux être enseignant.

Tu peux être artiste.

Tu peux être entrepreneur.

Tu peux aimer les mathématiques.

Tu peux aimer la danse.

Tu peux être sensible.

Tu peux être ambitieux.

Tu peux demander de l’aide.

Tu peux échouer.

Tu peux recommencer.

Je ne veux pas d’une génération de garçons qui grandissent avec la conviction que la masculinité consiste uniquement à être fort, riche et dominant.

Mais je ne veux pas non plus d’une génération de garçons à qui l’on répète tellement qu’ils doivent déconstruire leur masculinité qu’ils finissent par ne plus savoir ce qu’ils peuvent être.

Il ne faut pas détruire les garçons. Il faut les éduquer.

Le problème n’est pas que les femmes deviennent plus fortes

Le problème serait de croire que les hommes doivent devenir plus faibles pour que les femmes deviennent plus fortes.

Je refuse cette logique.

Une femme qui réussit n’a pas besoin d’un homme humilié à côté d’elle.

Un homme qui réussit n’a pas besoin d’une femme dépendante pour se sentir puissant.

Une femme peut être brillante sans écraser son compagnon.

Un homme peut être ambitieux sans contrôler sa compagne.

Nous avons suffisamment souffert des vieux rapports de domination pour ne pas reproduire exactement la même logique dans l’autre sens.

Le féminisme m’a donné une liberté que je ne veux pas perdre

Je ne voudrais pas que cette tribune soit comprise comme un rejet du féminisme.

Ce serait exactement l’inverse.

Je suis reconnaissante aux femmes qui ont combattu avant moi.

Je suis reconnaissante à celles qui ont demandé le droit de travailler.

À celles qui ont voulu étudier.

À celles qui ont refusé les mariages imposés.

À celles qui ont défendu le droit de vote.

À celles qui ont demandé l’égalité professionnelle.

À celles qui ont parlé des violences.

À celles qui ont simplement dit : « Non, je ne suis pas obligée d’accepter cela. »

Nous sommes les héritières de ces combats.

Mais être héritière ne signifie pas être prisonnière.

Nous avons le droit de continuer l’histoire autrement.

Je veux un féminisme qui parle aussi d’argent

Si je devais choisir un combat prioritaire aujourd’hui, ce serait celui de l’indépendance économique.

Parce qu’une femme qui possède ses compétences, ses revenus, son épargne et sa capacité à travailler dispose de beaucoup plus de liberté.

Et le problème reste immense à l’échelle mondiale.

L’Organisation internationale du Travail estimait en 2023 que 708 millions de femmes étaient en dehors du marché du travail en raison de responsabilités de soins non rémunérées, contre 40 millions d’hommes. Ces estimations portent sur 125 pays.

708 millions.

Voilà un chiffre qui mérite notre attention.

Des femmes qui s’occupent des enfants.

Des parents âgés.

Des proches dépendants.

Du foyer.

Du quotidien.

Et dont le travail reste souvent invisible.

Je préfère parler de cela pendant une heure que de passer une semaine à me battre sur les réseaux sociaux pour savoir si une publicité est suffisamment féministe.

Le travail domestique doit devenir une responsabilité partagée

Il y a une autre réalité que nous ne pouvons pas contourner.

Le travail domestique.

Qui pense aux rendez-vous médicaux ?

Qui achète les vêtements des enfants ?

Qui organise les vacances ?

Qui vérifie les devoirs ?

Qui fait les courses ?

Qui remarque qu’il n’y a plus de lessive ?

Ce sont souvent des femmes.

Et ce travail mental est épuisant.

Je ne veux pas que les hommes « aident » les femmes à la maison.

Je veux qu’ils participent.

La nuance est énorme.

Un homme qui « aide » sa femme considère inconsciemment que la maison appartient d’abord à sa partenaire.

Un homme qui participe comprend que le foyer est une responsabilité commune.

Voilà le genre de féminisme concret auquel je crois.

Je suis fatiguée de la nouvelle femme parfaite

Il existe pourtant une autre contradiction.

Nous avons voulu libérer les femmes des anciennes injonctions.

Mais nous en avons parfois créé de nouvelles.

Il faudrait être indépendante.

Ambitieuse.

Belle.

Sportive.

Bonne mère.

Bonne épouse.

Entrepreneure.

Cultivée.

Militante.

Équilibrée.

Épanouie.

Et surtout réussir tout cela sans jamais se plaindre.

Mais non.

Je ne veux pas de cette nouvelle femme parfaite.

Une femme a le droit d’être fatiguée.

Elle a le droit de ne pas vouloir diriger une entreprise.

Elle a le droit de vouloir être mère.

Elle a le droit de ne pas vouloir d’enfant.

Elle a le droit d’aimer son mari.

Elle a le droit de ne pas aimer les hommes.

Elle a le droit d’être ambitieuse.

Elle a le droit de préférer une vie simple.

La liberté consiste précisément à pouvoir choisir.

Peut-être que la prochaine révolution sera celle des hommes

Cette idée me plaît.

Les femmes ont passé des décennies à élargir leur horizon.

Il est peut-être temps que les hommes aient eux aussi le droit d’élargir le leur.

Un homme peut être fort sans être brutal.

Sensible sans être faible.

Père sans être uniquement un portefeuille.

Ambitieux sans écraser les autres.

Amoureux sans posséder.

Sans emploi pendant quelques mois sans perdre toute sa valeur.

Et même dépendant financièrement de sa compagne pendant une période sans que cela fasse de lui un homme inférieur.

Mais il doit aussi pouvoir reconstruire son indépendance.

Parce que la dépendance, lorsqu’elle devient permanente et imposée, n’est bonne pour personne.

Je ne veux pas revenir en arrière

C’est probablement la chose la plus importante que je veux dire.

Je ne souhaite pas retourner dans un monde où les femmes doivent demander la permission pour exister.

Je ne souhaite pas que les femmes renoncent à leur indépendance.

Je ne souhaite pas que les filles soient élevées en pensant que leur avenir dépend nécessairement d’un mari.

Je ne souhaite pas non plus que les hommes retrouvent une place dominante simplement parce qu’ils ne savent plus quelle place occuper.

Je souhaite quelque chose de beaucoup plus difficile :

que nous inventions une nouvelle manière de vivre ensemble.

Une manière dans laquelle l’homme n’a pas besoin de dominer pour être respecté.

Une manière dans laquelle la femme n’a pas besoin de combattre l’homme pour être libre.

Une manière dans laquelle les salaires peuvent être différents sans déterminer la valeur des personnes.

Une manière dans laquelle un couple peut fonctionner selon ses propres règles.

Une manière dans laquelle un garçon peut être sensible sans avoir honte.

Une manière dans laquelle une fille peut être ambitieuse sans devoir s’excuser.

Et surtout, une manière dans laquelle l’égalité ne signifie pas que nous devons devenir identiques.

Le féminisme que je veux défendre

Je ne veux pas d’un féminisme qui considère les hommes comme des ennemis.

Je ne veux pas non plus d’un féminisme qui nie les difficultés particulières que rencontrent les femmes.

Je veux pouvoir tenir les deux réalités ensemble.

Oui, les femmes ont encore des combats à mener.

Oui, les écarts de salaire existent.

Oui, les responsabilités familiales pèsent encore davantage sur elles.

Oui, l’indépendance économique est fondamentale.

Mais oui aussi, certains hommes sont perdus.

Oui, certains garçons décrochent.

Oui, certains hommes connaissent la solitude.

Oui, certains hommes vivent très mal la transformation des rôles traditionnels.

Oui, certains couples doivent apprendre à fonctionner autrement lorsque la femme gagne davantage.

Et non, reconnaître cela ne signifie pas abandonner le féminisme.

Cela signifie simplement refuser de réduire le monde à une opposition entre victimes et coupables.

Alors, suis-je féministe ?

Oui.

Mais probablement pas de la manière dont on attend aujourd’hui que je le sois.

Je crois aux droits des femmes.

Je crois à l’indépendance financière.

Je crois à l’égalité professionnelle.

Je crois qu’une femme doit pouvoir dire non.

Je crois qu’une femme doit pouvoir réussir.

Je crois qu’une femme doit pouvoir quitter une relation qui la détruit.

Je crois qu’une femme doit pouvoir décider de sa maternité.

Mais je crois aussi qu’un homme mérite de pouvoir parler de ses difficultés sans être immédiatement accusé de misogynie.

Je crois qu’un garçon qui décroche de l’école mérite autant d’attention qu’une fille qui rencontre des difficultés.

Je crois qu’un homme sans emploi doit pouvoir reconstruire sa vie sans perdre sa dignité.

Je crois qu’un homme dont la compagne gagne davantage n’a aucune raison d’avoir honte.

Je crois qu’un homme peut être homosexuel sans que cela ait quoi que ce soit à voir avec le féminisme.

Et je crois surtout que nous avons intérêt à arrêter de construire une société dans laquelle le progrès des uns doit forcément être vécu comme la défaite des autres.

Le féminisme m’a appris à prendre ma place.

Je lui demande aujourd’hui quelque chose de plus ambitieux :

apprenons aussi aux hommes à trouver la leur.

Parce que finalement, l’égalité ne devrait pas être une guerre pour savoir qui occupera le sommet.

Elle devrait être la possibilité, pour chacun, de construire une vie qui lui ressemble.

Et ça, je continuerai à le défendre.

Une Anonyme

Article sponsorisé — Tribune consacrée aux évolutions du féminisme, aux rapports entre les femmes et les hommes et aux transformations de la société contemporaine.

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