Rallye Aïcha des Gazelles du Maroc : tout savoir sur l’aventure 100 % féminine
Imaginez un rallye où l’on ne gagne pas en allant vite, mais en allant juste. Où le GPS reste au fond du sac, où le téléphone ne sert à rien, et où la meilleure alliée d’une équipe est une boussole. C’est le pari du Rallye Aïcha des Gazelles du Maroc, une épreuve 100 % féminine qui traverse le sud marocain depuis plus de trois décennies.
La 36ᵉ édition aura lieu du 20 mars au 3 avril 2027. Que vous soyez simplement curieuse, passionnée de sport mécanique ou à la recherche d’une aventure hors du commun, voici de quoi comprendre ce que cet événement a de particulier : son histoire, sa façon de se courir, ses véhicules, ses valeurs et son organisation.
Une idée née en 1990, à contre-courant
Tout commence avec Dominique Serra, fondatrice du rallye. Quand elle lance l’événement en 1990, les sports mécaniques sont encore un territoire largement masculin. Son idée est simple : offrir aux femmes un espace bien à elles, pour oser, se dépasser et se révéler.
Les organisateurs décrivent d’ailleurs cette création comme une réponse plutôt qu’une démonstration. Il ne s’agit pas de prouver quoi que ce soit, mais de proposer un terrain de liberté où l’on se sent légitime, entourée et soutenue. Ici, la compétition prend la forme de l’entraide : on avance avec les autres, jamais contre elles.
Aujourd’hui, l’événement est porté par Maïenga Sports Events, société dont Dominique Serra est la présidente. Marina Serra-Vrillacq en est la directrice générale et la responsable de l’événement. L’ensemble se déroule sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.
Trente-cinq ans d’évolutions
Le rallye a beaucoup changé depuis ses débuts. Sa chronologie permet de suivre l’élargissement progressif de l’épreuve.
En 1992, les premiers équipages internationaux rejoignent l’événement. Six ans plus tard, en 1998, l’entreprise marocaine Aïcha devient partenaire titre, ce qui donne son nom à la course. En 2001, deux nouveautés arrivent : la première caravane médicale de Cœur de Gazelles et un système de géolocalisation par satellite, IRITRACK, qui améliore le suivi des équipages.
Les véhicules se diversifient ensuite. Un premier camion participe en 2002. En 2003, la catégorie Crossover voit le jour avec trois équipages en SUV : un Land Rover et deux Kangoo. En 2006, le rallye dépasse les 100 équipages inscrits.
2009 est une année marquante : le roi Mohammed VI honore l’événement en lui accordant les Armoiries du Royaume, et les premiers SSV prennent le départ. L’année suivante, en 2010, le rallye obtient la norme environnementale ISO 14001, qu’il conserve sans interruption depuis.
Le virage vers l’électrique s’amorce en 2018 avec la création d’une catégorie 100 % électrique. L’événement fête ses 30 ans en 2021, participe à la COP 28 en 2023, puis teste en 2024 des 4×4 rétrofit, des véhicules thermiques transformés en électriques. En 2026, une édition anniversaire célèbre les 35 ans du rallye.
On le voit, d’une compétition à l’origine réservée aux 4×4 de série, le rallye est devenu un événement ouvert à des véhicules très variés, avec une place croissante accordée à la transition énergétique.
Le concept : naviguer à l’ancienne
C’est ici que le rallye se distingue vraiment. Les équipages ne se repèrent ni avec un GPS ni avec un téléphone. Ils disposent d’une carte des années 1950, d’une boussole et d’une règle de navigation. Avec ces trois outils, elles doivent relier des balises réparties dans le désert.
L’objectif n’est pas d’arriver la première, mais de parcourir le moins de kilomètres possible pour atteindre toutes les balises. Un itinéraire direct et bien pensé vaut mieux qu’une course effrénée dans la mauvaise direction. Les organisateurs parlent de sobriété kilométrique : ce qui compte, c’est la précision.
Concrètement, cela demande de lire une carte avec attention, d’anticiper le relief, de se mettre d’accord sur une stratégie et de s’y tenir. La pilote et la copilote forment un duo qui doit communiquer en permanence. Chaque décision est assumée, et la cohésion de l’équipage joue un rôle déterminant. C’est autant une épreuve de concentration et de stratégie qu’un défi physique, endurant, mental et émotionnel.
Le décor, lui, change sans cesse. Les Gazelles traversent des paysages très variés du sud marocain : des regs, ces vastes plaines pierreuses, des oueds, ces lits de rivière le plus souvent à sec, des dunes et des montagnes. Chaque journée est une immersion dans l’inconnu, où l’orientation reste la clé.

Qui peut participer ?
Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, il n’est pas nécessaire d’être une sportive de haut niveau. Le rallye se présente comme accessible à toutes. Les participantes ont entre 18 et 71 ans, et on y croise aussi bien des débutantes que des femmes expérimentées. Ce qui compte, selon les organisateurs, c’est l’envie, l’audace et l’esprit d’équipe.
Pour que chacune soit prête le jour J, un week-end de formation est organisé avant le départ. On y acquiert les bases : lecture de carte, navigation, stratégie et préparation au défi. Même sans expérience de la navigation à la boussole, on peut donc se lancer.
Les témoignages publiés sur le site reviennent souvent sur les mêmes thèmes : des forces que l’on ne soupçonnait pas, la reconnexion à son instinct et à sa résilience, la rencontre de femmes venues du monde entier. Plusieurs participantes évoquent une expérience qui réveille à la fois la femme, la mère, la cheffe d’entreprise et l’enfant que l’on porte en soi.
Quels véhicules pour quelle aventure ?
Le rallye est ouvert à plusieurs catégories de véhicules, chacune avec ses propres itinéraires. Chaque participante choisit sa catégorie et sa coéquipière, deux décisions qui déterminent le type d’aventure qu’elle va vivre.
La catégorie 4×4 / Camion est la plus ancienne. Elle propose des franchissements techniques sur un terrain mixte. Les Quads et les SSV, eux, demandent une navigation précise, du pilotage et des franchissements techniques, là aussi sur terrain mixte.
Pour des itinéraires plus roulants, il existe la catégorie Dacia Crossover / Crossover hybride. Elle propose des plateaux caillouteux et quelques ondulations sablonneuses, avec un profil moins technique que les précédentes.
Deux catégories sont tournées vers l’électrique. Les E-Gazelle sont des véhicules 100 % électriques, qui relèvent un défi innovant en milieu désertique. Les véhicules Rétrofit sont des 4×4 convertis en tout électrique, un prolongement des essais menés depuis 2024.
Cette diversité permet à chacune de trouver le format qui lui correspond, du plus technique au plus accessible.
L’édition 2027 : le programme pas à pas
La 36ᵉ édition se déroulera du 20 mars au 3 avril 2027. Tout commence par la journée des vérifications techniques et administratives. C’est un moment clé de préparation, de rencontres et de montée en émotion avant le grand départ.
Vient ensuite le village départ, qui marque le lancement officiel de l’aventure. Les équipages embarquent alors pour une traversée en bateau de la France vers le Maroc. C’est une première immersion avant le désert, qui change déjà du cadre habituel d’un rallye.
Une fois sur place, la course se déroule pendant sept jours dans le sud-est marocain. Elle commence par un prologue, qui sert à s’initier à la navigation à l’ancienne. Suivent cinq étapes sans GPS, avec 5 à 8 balises à retrouver chaque jour.
Parmi ces cinq étapes, deux sont des étapes marathon. Les équipages ne rentrent pas au bivouac ces jours-là et passent deux nuits en totale autonomie, à la belle étoile. C’est sans doute l’un des moments les plus intenses de l’épreuve, où l’autonomie et la solidarité d’équipage sont mises à l’épreuve.
L’aventure se termine sur la plage d’Essaouira. L’arrivée est suivie d’une soirée de clôture que les organisateurs décrivent comme intense et pleine de fierté.
Une logistique à grande échelle
Derrière l’aspect aventure, il y a une organisation très structurée. Maïenga Sports Events orchestre chaque édition avec un dispositif de grande ampleur.
Le bivouac est nomade. Il se déplace à trois reprises au cours de l’épreuve pour offrir des paysages différents. C’est à la fois un lieu de vie, de soin et de logistique pour environ 800 personnes.
La sécurité fait l’objet d’une attention particulière, avec un suivi par satellite et un hélicoptère. Une assistance mécanique est commune à tous les équipages. Environ 250 professionnels passionnés, parmi lesquels des mécaniciens, des médecins et des logisticiens, travaillent en coulisses pour que chaque Gazelle puisse se concentrer sur sa navigation.
L’expérience se veut aussi un retour à l’essentiel, loin des écrans.
Les trois piliers du rallye
Le rallye revendique trois valeurs, qui structurent toute l’organisation.
L’empowerment féminin. C’est l’esprit d’origine de l’événement : donner aux femmes un terrain pour prendre confiance en elles et révéler leur potentiel. Les organisateurs parlent d’une course qui révèle ce dont chacune est capable.
Le respect de l’environnement. Le rallye se présente comme le seul au monde certifié ISO 14001, une norme internationale de management environnemental. Il la détient depuis 2010 et l’a maintenue sans interruption. Cette démarche se retrouve dans le développement des catégories électriques, avec les E-Gazelle et les véhicules Rétrofit, ainsi que dans la participation à la COP 28 en 2023.
La solidarité sur le terrain. Elle prend forme notamment à travers l’association Cœur de Gazelles, qui mène des actions humanitaires au Maroc.
Pour les organisateurs, c’est ce qui fait la différence : plus qu’une compétition, le rallye est un engagement guidé par des valeurs.
Cœur de Gazelles, le volet humanitaire
Depuis 24 ans, l’association Cœur de Gazelles accompagne l’événement sur les terres marocaines. Sa mission est de soigner, d’aider et d’accompagner. Elle agit indépendamment du parcours, là où les besoins sont les plus urgents, ce qui en fait le bras humanitaire du rallye.
Sa caravane médicale a déjà permis à plus de 100 000 personnes de recevoir des soins gratuits dans des zones isolées. Pendant l’épreuve, les Gazelles peuvent consacrer une demi-journée à découvrir cette action solidaire, un temps que les organisateurs décrivent comme fort, humain et inspirant.
L’écosystème Maïenga
Le rallye s’inscrit dans un ensemble plus large d’événements portés par Maïenga. Le site mentionne notamment Trek’in Gazelles et Bab el Raid, deux autres événements de l’organisateur, ainsi que Cœur de Gazelles. Une boutique en ligne et un espace presse complètent l’ensemble, tout comme une page dédiée aux partenaires, qui soutiennent l’événement et partagent ses valeurs.
Comment devenir Gazelle ?
Pour celles que l’aventure tente, la première étape est de faire une demande d’informations via le site officiel du rallye. Les choix à faire en amont sont ensuite assez concrets : la catégorie de véhicule, la coéquipière, puis la préparation, avec le week-end de formation avant le départ. Le rallye s’adresse aussi bien à celles qui visent l’édition 2027 qu’à celles qui préfèrent s’y prendre à l’avance.
En résumé
Le Rallye Aïcha des Gazelles du Maroc tient en quelques mots : une course sans GPS où l’on gagne par la précision, ouverte à toutes, dans un cadre qui mêle aventure, sécurité et engagement. Avec plus de trente-cinq ans d’histoire, une certification environnementale tenue depuis 2010, un volet humanitaire actif et une ouverture croissante à l’électrique, il propose une formule difficile à comparer à d’autres rallyes.
Rendez-vous du 20 mars au 3 avril 2027 pour sa 36ᵉ édition.
Sources : site officiel du Rallye Aïcha des Gazelles du Maroc (rallyeaichadesgazelles.com)
