Perte de cheveux : combien par jour est normal, et quand faut-il vraiment s’inquiéter ?
Brosse pleine, évacuation de douche garnie, oreiller parsemé de cheveux : avant de paniquer, voici comment faire la part entre une chute normale, une chute passagère et un vrai signal d’alerte.
Vous l’avez sûrement déjà vécu : un matin, vous dégagez votre brosse et vous vous dites que « ça fait beaucoup ». Quelques jours plus tard, vous surveillez la douche. Puis vous commencez à regarder votre raie dans le miroir, à la lumière du jour, en cherchant des signes.
La chute de cheveux est l’une de ces préoccupations qui touchent tout le monde, et plus encore à l’automne, saison où les témoignages explosent. Elle est pourtant, dans l’immense majorité des cas, un phénomène normal ou temporaire. Mais pas toujours. Et c’est justement ce « pas toujours » qu’il faut savoir repérer.
Dans cet article, nous allons voir combien de cheveux on perd normalement chaque jour, comment fonctionne le cycle du cheveu, quelles sont les causes d’une chute passagère ou durable, et surtout à partir de quand il est temps de consulter.
Le cheveu n’est pas fait pour rester sur la tête… à vie
Pour comprendre la chute, il faut d’abord comprendre la pousse. Chaque cheveu naît d’un follicule pileux, une sorte de petite « usine à cheveux » nichée sous la peau. Et chaque follicule fonctionne par cycles, en trois grandes phases :
- La phase anagène est celle de la croissance. Le cheveu s’allonge, nourri par le bulbe, et gagne en épaisseur. Elle dure plusieurs années. Selon les sources, on parle de 1 à 4 ans ou de 2 à 7 ans : la durée varie beaucoup d’une personne à l’autre, et c’est en partie elle qui explique pourquoi certaines chevelures deviennent très longues et d’autres non.
- La phase catagène est une courte transition, de quelques semaines, pendant laquelle le follicule suspend son activité.
- La phase télogène est la phase de repos, qui dure environ trois mois. Le cheveu se détache progressivement, avant de tomber. Sous lui, un nouveau cheveu se prépare déjà et prend le relais.
L’essentiel à retenir : tomber fait partie du cycle. Au quotidien, plus de 90 % de nos cheveux sont en phase de croissance, et une minorité seulement est en train de tomber. Tant que ce système reste équilibré et que chaque cheveu tombé est remplacé, la densité de la chevelure ne change pas.
C’est quand l’équilibre se rompt, par exemple parce que beaucoup trop de follicules passent en même temps en phase de chute, ou parce que les nouveaux cheveux repoussent plus fins ou ne repoussent plus, que le problème commence.
50 à 100 cheveux par jour : un repère utile, pas une règle absolue
La réponse classique à la question « combien de cheveux perd-on par jour ? » est la suivante : entre 50 et 100. C’est le chiffre le plus souvent avancé par les pharmaciens et les dermatologues, et on considère généralement qu’au-delà de 100 cheveux par jour, la chute devient suspecte.
Ce repère est pratique, mais il faut le manier avec un peu de nuance.
D’abord, il est très difficile à vérifier chez soi. Personne ne compte sereinement ses cheveux. Une partie tombe dans la douche, une autre au brossage, une autre sur les vêtements, une autre encore dans le lit. Et un jour de lavage, vous pouvez en perdre beaucoup plus que les autres jours, simplement parce que les cheveux déjà détachés ont été accumulés pendant 48 heures.
Ensuite, la longueur des cheveux trompe l’œil. Cent cheveux de 60 centimètres, cela fait une impression de touffe dans la main, alors que cent cheveux courts passent presque inaperçus.
Enfin, ce n’est pas le chiffre qui compte, c’est l’évolution. Un signal d’alerte fiable n’est pas « j’en ai perdu 120 hier », mais plutôt « depuis plusieurs semaines, j’en perds nettement plus qu’avant, et ma chevelure me paraît moins dense ». La densité visible (raie qui s’élargit, tempes qui se dégarnissent, queue-de-cheval plus fine) vous apprend beaucoup plus qu’un comptage approximatif.

L’automne, saison de la chute (et c’est normal)
Si vous lisez cet article en ce moment, il y a de fortes chances que ce soit parce que vos cheveux tombent plus que d’habitude. Et vous n’êtes pas seule.
Les dermatologues le confirment : le cycle du cheveu pourrait être influencé par les saisons, avec une chute plus marquée à l’automne et au printemps. Dans un reportage de France Télévisions relayé par Allo Docteurs, une dermatologue explique que ces périodes sont plus propices à une chute que d’autres, et rappelle que ce type de chute est normalement transitoire.
Pourquoi l’automne ? Plusieurs pistes sont avancées. Les cheveux ont pu être fragilisés par l’été (soleil, sel, chlore), puis « passent la main » à la rentrée : certains spécialistes expliquent que le cheveu, affaibli par les agressions estivales, entre plus facilement en phase de chute à l’automne. La rentrée s’accompagne aussi souvent de fatigue, de stress, de changements de rythme et d’alimentation, autant de facteurs qui peuvent jouer.
Ce que l’on retient : une chute saisonnière est réversible. Elle dure quelques semaines, parfois quelques mois, puis les cheveux repoussent et la densité revient. Si au bout de plusieurs mois la chute persiste, ou si la chevelure ne retrouve pas son volume, alors ce n’est plus un simple coup de fatigue du cheveu : il faut chercher une autre explication.
Quand la chute est temporaire : l’effluvium télogène
Il existe un mot savant pour désigner l’une des chutes les plus fréquentes : l’effluvium télogène. Le principe est simple : sous l’effet d’un « choc », un grand nombre de cheveux quittent en même temps leur phase de croissance et basculent en phase de chute. Quelques semaines plus tard, ils tombent en masse, sur l’ensemble du cuir chevelu.
Les déclencheurs les plus courants sont :
- Un stress intense, physique ou émotionnel : choc affectif, deuil, séparation, maladie grave, opération chirurgicale. Fait important : la chute n’apparaît généralement pas tout de suite, mais trois à six mois après l’événement. C’est pourquoi on ne fait pas toujours le lien.
- L’accouchement : la chute d’hormones très élevées pendant la grossesse provoque, quelques mois après la naissance, une chute souvent spectaculaire mais passagère.
- La ménopause : la baisse des œstrogènes, qui favorisent la phase de croissance, réduit souvent la densité capillaire.
- Les carences nutritionnelles : un régime restrictif ou une alimentation déséquilibrée peuvent priver le follicule de ce dont il a besoin. Le fer (et surtout les réserves de fer, la ferritine) est le premier suspect, en particulier chez les femmes aux règles abondantes. Le zinc, la vitamine D et certaines vitamines du groupe B sont aussi à surveiller.
- Certains médicaments : chimiothérapie bien sûr, mais aussi, selon les cas, certains anticoagulants, certains antidépresseurs ou des traitements contre l’acné sévère.
- Une fatigue importante ou une maladie passagère.
La bonne nouvelle : dans la plupart des cas, cette chute est réversible une fois la cause traitée ou passée. Les follicules n’ont pas été détruits, ils se sont simplement mis en pause. Il faut en revanche être patiente : la repousse prend des mois.
Quand la chute est durable : les causes qui méritent un diagnostic
Certaines chutes ne sont pas des « coups de fatigue » du cheveu mais le signe d’un processus plus durable. Les voici, par ordre de fréquence.
L’alopécie androgénétique
C’est la forme de chute la plus courante, chez les hommes comme chez les femmes. Elle résulte d’une prédisposition génétique : certains follicules sont particulièrement sensibles aux androgènes (notamment un dérivé de la testostérone), ce qui raccourcit la phase de croissance et affine progressivement le cheveu, jusqu’à ce qu’il disparaisse.
Chez l’homme, elle se manifeste souvent par un recul des tempes et un dégarnissement du sommet du crâne. Chez la femme, elle prend une forme plus diffuse : la raie centrale s’élargit, le dessus de la tête s’éclaircit, sans que la ligne frontale recule forcément. Elle peut survenir après la ménopause, mais pas seulement. Ce qui la distingue d’une chute passagère : elle est lente, progressive et ne s’arrêtera pas d’elle-même.
La pelade et les alopécies en plaques
La pelade est une maladie auto-immune : le système immunitaire attaque par erreur les follicules. Elle se traduit par la disparition soudaine des cheveux sur des zones bien délimitées, souvent rondes. Ce n’est pas du tout le même tableau qu’une chute diffuse : ici, on voit des plaques. Dans certains cas, elle peut évoluer vers une perte plus étendue.
Les plaques peuvent aussi avoir une autre origine : la trichotillomanie, trouble du comportement dans lequel la personne arrache ses cheveux de manière compulsive, ou des infections du cuir chevelu comme la teigne.
L’alopécie cicatricielle
Plus rare, elle est liée à des maladies inflammatoires du cuir chevelu (comme le lupus) ou à certaines infections. Elle détruit les follicules de façon irréversible. C’est la raison pour laquelle elle exige un diagnostic rapide : plus on la traite tôt, plus on préserve ce qui peut l’être.
Les troubles hormonaux et thyroïdiens
Une thyroïde qui fonctionne trop ou pas assez provoque souvent une chute diffuse, avec des cheveux plus secs et plus fins. Le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) peut aussi être associé à une alopécie de type androgénétique chez la femme. Dans ces cas, la chute n’est qu’un symptôme parmi d’autres, et traiter la cause permet de traiter la chute.
Les signaux d’alerte : quand faut-il vraiment s’inquiéter ?
Voici la question centrale de cet article : voici les situations qui justifient de prendre rendez-vous, plutôt que d’attendre.
1. La chute dure depuis plusieurs mois. Une chute saisonnière ou post-stress se calme en quelques semaines ou quelques mois. Si votre chute s’installe, ce n’est plus de la saison.
2. Vous perdez nettement plus de 100 cheveux par jour, durablement. Un pic ponctuel n’est pas inquiétant. Une chute massive qui ne s’arrête pas l’est.
3. Votre chevelure s’éclaircit visiblement. Raie qui s’élargit, tempes qui se creusent, sommet du crâne qui se dégarnit, queue-de-cheval qui s’amincit : ce sont les signes d’une alopécie progressive.
4. Vous voyez des plaques sans cheveux. Une zone dégarnie bien délimitée est toujours un motif de consultation, car il s’agit d’un tableau différent de la chute diffuse.
5. Vos cheveux ne repoussent plus. Une chute, même forte, s’accompagne normalement d’une repousse. Si celle-ci n’a pas lieu, il faut en chercher la raison.
6. Vos cheveux deviennent fragiles, cassants, ternes. Un changement de texture inhabituel peut signaler un déséquilibre général (carence, thyroïde…).
7. La chute est brutale, sans cause identifiable. Si rien ne l’explique (pas de stress, pas d’accouchement, pas de saison), mieux vaut chercher la cause.
8. D’autres signes accompagnent la chute : cuir chevelu douloureux, rouge, qui pèle ou démange fortement, fatigue inhabituelle, troubles du cycle, prise de poids ou perte de poids inexpliquée. La chute est alors un symptôme, pas un problème isolé.
Et si vous traversez une période de stress, une grossesse récente ou un traitement médical qui explique la chute, ne vous privez pas pour autant d’un avis médical : il vaut toujours mieux demander que supposer.

Chez le médecin : à quoi s’attendre
Consulter fait peur parce qu’on imagine souvent des examens compliqués. En réalité, la démarche est assez simple.
L’interrogatoire est la première étape, et la plus importante. Le médecin ou le dermatologue vous demandera si la chute est brutale ou progressive, diffuse ou localisée, s’il y a des antécédents familiaux de calvitie, des troubles hormonaux ou d’autres maladies, et ce qui s’est passé dans les mois précédents : stress, régime, grossesse, nouveau médicament, produits capillaires agressifs.
L’examen du cuir chevelu permet de repérer des signes d’infection, d’inflammation ou de maladie de la peau, et d’évaluer la densité capillaire.
La prise de sang est souvent prescrite lorsque la chute dure. Selon les cas, elle peut comprendre :
- un dosage de la ferritine (réserves de fer) et une numération sanguine pour dépister une anémie ;
- un bilan de la thyroïde ;
- des dosages de certaines vitamines et minéraux (vitamine D, B12, zinc…) ;
- un bilan hormonal (hormones sexuelles, parfois prolactine) lorsqu’un trouble est suspect, par exemple en cas de SOPK.
Il n’y a pas de bilan standard identique pour tout le monde : c’est le médecin qui prescrit en fonction de votre histoire. Ne demandez pas « tout le bilan » par principe, et surtout ne vous lancez pas dans des cures de compléments sans savoir si vous en avez besoin : un excès n’est pas toujours inoffensif.
Des traitements existent, mais le diagnostic d’abord
Une fois la cause identifiée, la prise en charge dépend entièrement du type de chute :
- si la cause est une carence, on la corrige ;
- si c’est un médicament, le médecin évalue s’il peut être adapté ;
- si c’est une maladie sous-jacente (thyroïde, auto-immunité, infection), on traite la maladie ;
- si c’est une alopécie androgénétique, plusieurs options existent, comme des lotions appliquées sur le cuir chevelu, des traitements médicamenteux prescrits selon le sexe et la situation, ou des techniques médicales plus avancées. Les plus lourdes, comme la greffe capillaire, relèvent d’une consultation spécialisée.
Une mise en garde s’impose ici. Le marché de la chute de cheveux est très lucratif : shampoings miracles, cures de vitamines, injections, appareils à LED… Les promesses sont nombreuses, les résultats sont très variables, et beaucoup de ces produits sont vendus avant qu’un diagnostic ait été posé. Or on ne traite pas une alopécie androgénétique comme une carence en fer, ni une pelade comme un effluvium. Le bon réflexe est donc toujours : diagnostic d’abord, traitement ensuite.
En attendant : les bons gestes du quotidien
Quelle que soit la cause, quelques habitudes aident à ne pas aggraver la situation.
- Soyez douce avec vos cheveux : évitez les coiffures trop tendues, limitez les colorations et défrisages répétés, et réduisez la chaleur excessive (sèche-cheveux, lisseur, fer à friser).
- Brossez sans brutalité et démêlez en douceur plutôt que de tirer.
- Mangez suffisamment et varié : les régimes très restrictifs sont l’un des meilleurs moyens de faire tomber ses cheveux. Les protéines, le fer, le zinc et les bons acides gras comptent.
- Prenez soin de votre sommeil et de votre stress, qui jouent un rôle réel, même s’ils agissent avec plusieurs mois de décalage.
- Prenez des photos de votre raie et de votre cuir chevelu tous les mois, à la même lumière. C’est beaucoup plus fiable que la mémoire pour juger de l’évolution, et c’est très utile au médecin.
- Ne culpabilisez pas : la chute de cheveux a un impact psychologique réel, sur la confiance en soi et l’image de soi. En parler, à un proche ou à un professionnel, fait partie de la prise en charge.
En résumé : surveiller sans s’affoler
Perdre des cheveux chaque jour est parfaitement normal. Perdre plus de cheveux à l’automne l’est aussi. Un choc, une grossesse ou un régime peuvent provoquer une chute spectaculaire mais passagère. Dans tous ces cas, les cheveux repoussent.
Ce qui mérite votre attention, ce n’est pas un chiffre précis, mais un changement durable : une chute qui s’installe sur plusieurs mois, une chevelure qui s’éclaircit, des plaques, une repousse qui n’a pas lieu, ou des signes associés. Dans ces situations, la bonne démarche est simple : prendre rendez-vous avec votre médecin ou un dermatologue, et obtenir un diagnostic avant d’acheter quoi que ce soit.
Dans la grande majorité des cas, vous en sortirez rassurée ou avec une piste claire. Et plus on agit tôt, plus il est facile de préserver sa chevelure.
Cet article est informatif et ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé.
