Wangari Maathai : celle qui a appris à un continent à replanter son avenir
« Il ne s’agissait pas simplement de planter des arbres. Il s’agissait d’apprendre aux gens à reprendre en main leur environnement, leur vie, leur avenir. »
Wangari Maathai n’avait rien, au départ, d’une figure politique. C’était une biologiste. Mais en observant les femmes de son pays parcourir chaque jour des kilomètres supplémentaires pour trouver du bois de chauffe, elle a compris qu’un geste aussi simple que planter un arbre pouvait devenir un acte de résistance, puis un mouvement, puis une réponse à l’échelle d’un continent.
Une pionnière avant même de militer
Wangari Muta Maathai naît le 1er avril 1940 à Nyeri, dans les hauts plateaux du Kenya, au sein d’une famille paysanne kikuyu. Elle grandit dans une maison sans électricité ni eau courante, mais accède, chose rare pour une fille à cette époque et dans cette région, à l’école, puis à des études supérieures aux États-Unis.
Elle obtient une licence de biologie en 1964, un master à l’université de Pittsburgh, puis rentre au Kenya où elle décroche en 1971 un doctorat de l’université de Nairobi. Elle devient ainsi la première femme d’Afrique de l’Est et centrale à obtenir un doctorat, un titre qu’elle porte peu après jusqu’à la tête du département d’anatomie vétérinaire de son université, dont elle prend la direction en 1977.
Un geste simple, une idée immense
C’est à cette période, en travaillant avec le Conseil national des femmes du Kenya, que Maathai observe un phénomène qu’elle relie directement aux difficultés quotidiennes des femmes rurales : la déforestation. Moins d’arbres, c’est moins de bois de chauffe, des sols plus pauvres, des rivières qui s’assèchent, des troupeaux qui ont de moins en moins de quoi paître.
Sa réponse est d’une simplicité déconcertante : planter des arbres. En juin 1977, elle fonde le Green Belt Movement à partir d’une pépinière installée dans son propre jardin. L’idée se diffuse dans les villages, portée essentiellement par des femmes, à qui elle propose une rémunération modeste pour chaque arbre planté et entretenu. Le mouvement essaimera dans plusieurs pays africains et plantera, au fil des décennies, plus de 50 millions d’arbres.
Quand planter des arbres devient un acte politique
Ce que Maathai avait sous-estimé, au début, c’est à quel point ce geste écologique allait se heurter au pouvoir en place. Le régime kenyan, autoritaire, voit d’un mauvais œil cette femme qui mobilise les campagnes et conteste des projets immobiliers menaçant des forêts ou des espaces publics. Elle est harcelée, battue, emprisonnée à plusieurs reprises. Loin de la faire reculer, cette répression transforme son combat environnemental en combat pour les droits humains et la démocratie.
Elle poursuivra cet engagement sur le terrain politique : élue au Parlement kenyan en 2002, elle devient l’année suivante secrétaire d’État adjointe à l’Environnement.
La reconnaissance mondiale
En 2004, Wangari Maathai reçoit le prix Nobel de la paix « pour sa contribution au développement durable, à la démocratie et à la paix ». Elle est la première femme africaine à recevoir cette distinction, et la première personne récompensée pour un engagement centré sur l’environnement. Le comité Nobel saluera son approche globale, qui relie écologie, démocratie et droits des femmes.
Elle continuera d’écrire ; quatre livres, dont ses mémoires Unbowed ; et de militer jusqu’à sa mort, en septembre 2011, des suites d’un cancer de l’ovaire.
Ce qu’on en retient aujourd’hui
L’histoire de Wangari Maathai rappelle qu’un engagement écologique n’est jamais complètement séparable des questions sociales et politiques qui l’entourent : on ne peut pas parler de reforestation sans parler de la charge que portent les femmes rurales, ni de droits humains sans parler de la manière dont un pouvoir traite celles et ceux qui contestent son usage des ressources. Elle a montré qu’une idée aussi modeste qu’un arbre planté pouvait, répétée des millions de fois, redessiner le rapport de force entre un peuple et ceux qui gouvernent au-dessus de lui.
